L'objet d'amour, au début, est un fruit, un mets appétissant qu'on savoure et dont on se régal : on le mange des yeux, on boit ses paroles, on le goûte. Puis s'amorce l'opération de digestion, par la quelle l'objet aimé, soumis à la dévoration, est peu à peu dissous et décompensé, réduit à une bouillie dont le corps se nourrit un moment, mais dont il doit absolument se débarrasser dans un délai raisonnable, faute de quoi il tomberait lui-même malade. L'expulsion est donc inévitable et souhaitée comme un soulagement, on rejette l'objet devenu inutile et méprisable, et l'on part en quête d'un autre fruit, car on veut à vivre .